En bref
John McDowell (né en 1942) a retenu de Wittgenstein une lecture non sceptique du fait de suivre une règle et l'idée que la philosophie doit dissiper des inquiétudes plutôt que bâtir des théories. Dans Mind and World (1994, traduit sous le titre L'Esprit et le monde), il s'en sert pour montrer que l'expérience humaine est déjà conceptuelle, grâce à la seconde nature acquise en apprenant une langue.
John McDowell lit Wittgenstein comme un philosophe qui nous libère du besoin ressenti de certaines théories, et il a bâti sur cette lecture l'une des œuvres les plus influentes de la philosophie récente. Né en 1942 à Boksburg, en Afrique du Sud, il a enseigné à University College, Oxford, de 1966 à 1986, puis à l'université de Pittsburgh, où il est Distinguished University Professor of Philosophy. Il est membre de la British Academy.
Ce qu'il a repris de Wittgenstein
Deux choses surtout. La première est une lecture du fait de suivre une règle. Dans « Wittgenstein on following a rule » (1984), il s'oppose à la lecture sceptique rendue célèbre par Saul Kripke. La remarque à laquelle il revient sans cesse dit qu'il existe
… daß es eine Auffassung einer Regel gibt, die nicht eine Deutung ist
une manière de saisir une règle qui n'est pas une interprétation
Recherches philosophiques §201
Si toute saisie d'une règle était une interprétation, chaque interprétation en exigerait une autre, sans fin. Pour McDowell, l'issue proposée par Wittgenstein n'est pas une théorie de ce qui rend nos pas corrects. C'est un rappel : quelqu'un formé à une pratique partagée voit simplement ce que la règle demande, comme l'élève qui poursuit « ajouter 2 » voit que 1002 vient après 1000. Le sens ne se construit pas à partir de comportements dénués de sens. Nous y sommes dès le départ.
La seconde est l'idée que la philosophie doit apaiser des inquiétudes plutôt que d'y répondre par de nouvelles thèses : la conception thérapeutique.
Ce qu'il en a fait
Dans Mind and World (1994), issu de ses John Locke Lectures données à Oxford en 1991, McDowell applique cette approche à une vieille énigme. Comment l'expérience peut-elle nous donner des raisons de croire, si elle n'est que l'impact causal du monde sur nos sens ? Les philosophes oscillent entre deux réponses insatisfaisantes. La solution de McDowell : l'expérience humaine est déjà informée par des concepts, car l'éducation nous donne une « seconde nature ». En apprenant une langue, répondre à des raisons nous devient aussi naturel que marcher. Wittgenstein dit quelque chose de proche lorsqu'il écrit qu'ordonner, interroger, raconter et bavarder font partie de notre histoire naturelle au même titre que marcher, manger et jouer (Recherches philosophiques §25). On n'est pas loin des formes de vie.
Les points de désaccord
McDowell rejette les lectures, comme celles de Kripke ou de Crispin Wright, où la correction se ramène à ce sur quoi une communauté s'accorde. Il s'écarte aussi de la manière de Wittgenstein. Là où celui-ci travaillait sur des exemples quotidiens et se tenait à distance de l'histoire de la philosophie, McDowell puise chez Aristote, Kant, Hegel et Wilfrid Sellars, et parle d'un « espace des raisons ». Ses critiques demandent s'il s'agit encore de thérapie ou d'un système déguisé. McDowell répond que ces formules visent seulement à dissiper une inquiétude. Jusqu'où il reste quiétiste au sens de Wittgenstein fait toujours débat.
Questions fréquentes
Qu'entend McDowell par seconde nature ?
Les capacités acquises par l'éducation et l'apprentissage d'une langue, comme celle de répondre à des raisons. Elles n'ont rien de surnaturel, sans être pour autant purement biologiques : elles nous deviennent naturelles, comme marcher ou parler.
En quoi McDowell s'oppose-t-il à Kripke sur Wittgenstein ?
Kripke lit Wittgenstein comme acceptant un paradoxe sceptique sur la signification et proposant une solution fondée sur la communauté. McDowell soutient que Wittgenstein rejette le point de départ même du paradoxe : saisir une règle n'est pas forcément l'interpréter, si bien qu'aucun fossé sceptique ne s'ouvre.
Sources
wittgenstein.be, “John McDowell”, https://wittgenstein.be/fr/philosophes/john-mcdowell/ (2026-10-20)