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Philosophe · France · 1924-1998

Jean-François Lyotard

Le philosophe français qui a fait des jeux de langage de Wittgenstein un diagnostic de la culture postmoderne, puis une philosophie du différend.

2 min de lectureMis à jour 2026-10-20

En bref

Jean-François Lyotard (1924-1998) s'est servi de l'idée wittgensteinienne de jeux de langage pour soutenir, dans La Condition postmoderne (1979), que le savoir est désormais une pluralité de jeux sans grand récit qui les surplombe. Dans Le Différend (1983), il la transforme en phrases et en genres, en insistant bien plus que Wittgenstein sur le conflit et l'intraduisible.

Jean-François Lyotard (1924-1998) est le philosophe français qui a introduit les jeux de langage de Wittgenstein dans le débat sur la postmodernité. Son court livre La Condition postmoderne (1979), rédigé comme un rapport sur le savoir pour le Conseil des universités du gouvernement du Québec, a rendu l'expression célèbre bien au-delà de la philosophie.

Ce qu'il a repris de Wittgenstein

Lyotard emprunte l'idée que le langage n'est pas une chose unique, mais une multitude d'activités dotées chacune de leurs règles : décrire, ordonner, demander, raconter, promettre.

Das Wort „Sprachspiel“ soll hier hervorheben, daß das Sprechen der Sprache ein Teil ist einer Tätigkeit, oder einer Lebensform.

Le mot « jeu de langage » doit ici souligner que parler une langue fait partie d'une activité, ou d'une forme de vie.

Recherches philosophiques §23

Un rapport scientifique et le conte d'une grand-mère obéissent à des règles différentes, et aucun n'est la clé de l'autre. Lyotard s'en sert pour décrire un changement dans la façon dont les sociétés légitiment le savoir. La culture moderne s'appuyait selon lui sur de grands récits, des « métarécits », de progrès, d'émancipation ou de marche de la raison. L'attitude postmoderne est l'incrédulité à l'égard des métarécits : nous ne croyons plus qu'un seul récit donne sens à tous les autres, il n'y a plus qu'une pluralité de jeux locaux.

Ce qu'il en a fait

Lyotard donne aux jeux de langage un tour personnel. Dans La Condition postmoderne, il écrit que parler est combattre, au sens de jouer : chaque énoncé est un coup dans une joute. Dans Le Différend (1983), il remplace les « jeux de langage » par des « phrases », réparties en régimes (décrire, prescrire, interroger) et enchaînées par des genres de discours. Un différend naît lorsque deux parties n'ont aucune règle commune pour juger leur litige. Le trancher dans l'idiome de l'une réduit l'autre au silence. Pensez à une communauté qui fonde son droit sur une terre sur la tradition orale, jugée par un tribunal qui n'admet que des titres écrits. La philosophie doit, selon Lyotard, témoigner de ces torts réduits au silence.

Ce qui le sépare de Wittgenstein

Les écarts sont réels. Les jeux de langage de Wittgenstein se chevauchent et s'entrecroisent comme les fibres d'un fil, et reposent sur une forme de vie humaine partagée. Lyotard insiste au contraire sur l'hétérogénéité et l'intraduisibilité des genres. Il abandonne aussi le mot « jeu », en partie parce qu'il suggère des joueurs humains extérieurs au jeu, maniant le langage comme un outil ; pour lui, ce sont les phrases qui situent les locuteurs. Enfin, là où Wittgenstein décrivait des pratiques sans visée politique, Lyotard en fait une critique de l'injustice. Les spécialistes de Wittgenstein jugent souvent cet usage assez libre. D'autres y voient l'une des postérités les plus fécondes des Recherches philosophiques hors de la philosophie analytique.

Questions fréquentes

Lyotard a-t-il bien compris Wittgenstein ?

Il a utilisé l'idée de jeux de langage librement, non en exégète. Il en garde la pluralité d'activités réglées, mais y ajoute une insistance sur le conflit et l'intraduisible qui n'est pas chez Wittgenstein, avant d'abandonner le terme au profit de son propre vocabulaire des phrases et des genres.

Qu'est-ce qu'un différend ?

Un conflit entre deux parties qui ne peut être tranché équitablement faute de règle de jugement commune. Le trancher dans les termes de l'une fait tort à l'autre, qui ne peut même pas exprimer ce tort dans cet idiome.

Sources

  1. Stanford Encyclopedia of Philosophy · Jean François Lyotard
  2. Britannica · Jean-François Lyotard
  3. Stanford Encyclopedia of Philosophy · Ludwig Wittgenstein
Citer cette page
wittgenstein.be, “Jean-François Lyotard”, https://wittgenstein.be/fr/philosophes/jean-francois-lyotard/ (2026-10-20)

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