En bref
Les Derniers écrits sur la philosophie de la psychologie sont deux volumes de remarques manuscrites de 1948-1951, édités par von Wright et Nyman (1982, 1992). Le tome I est la source d'une grande part de la deuxième partie des Recherches philosophiques ; le tome II examine comment nous savons ce qu'éprouve autrui.
Les Derniers écrits sur la philosophie de la psychologie (Letzte Schriften über die Philosophie der Psychologie) désignent deux volumes de remarques manuscrites tardives sur l'esprit : voir, vouloir dire, croire, feindre, savoir ce qu'éprouve autrui. Le tome I couvre la période d'octobre 1948 à mars 1949, en grande partie écrite à Dublin. Le tome II, sous-titré L'intérieur et l'extérieur, couvre les années 1949 à 1951. G.H. von Wright et Heikki Nyman ont édité les deux ; les éditions bilingues anglaises ont paru chez Blackwell en 1982 et 1992, dans une traduction de C.G. Luckhardt et Maximilian A.E. Aue.
Ce que sont ces volumes
Ce ne sont pas des livres conçus par Wittgenstein, mais les manuscrits où il a puisé, ou aurait pu puiser, des textes achevés. Le tome I est le plus important pour les spécialistes : c'est de ce carnet que Wittgenstein a tiré plus de la moitié des remarques de ce qui a paru comme deuxième partie des Recherches philosophiques, aujourd'hui souvent appelée « Philosophie de la psychologie, un fragment ». L'édition allemande porte un sous-titre éloquent, Vorstudien zum zweiten Teil der Philosophischen Untersuchungen : études préparatoires à cette deuxième partie.
Le tome II rassemble les remarques des deux années suivantes, tirées de carnets qui contiennent aussi des matériaux de De la certitude et des remarques sur les couleurs. Avec les deux volumes des Remarques sur la philosophie de la psychologie (1946-1948), ils forment une seule et longue enquête sur les concepts psychologiques.
Ce qu'ils disent
Le tome I revient sans cesse à la vision des aspects : l'instant où un dessin se met soudain à ressembler à un canard plutôt qu'à un lapin, où un visage vous rappelle quelqu'un. Qu'est-ce qui change, si rien ne change dans l'image ? De là, Wittgenstein passe à l'expérience de la signification. Quand vous prononcez un mot isolé et qu'il « sonne » comme son sens, cette expérience fait-elle partie de ce que le mot veut dire ? Il imagine quelqu'un d'« aveugle à la signification », qui emploie parfaitement les mots sans connaître cette expérience, et se demande ce qui lui manquerait. D'autres remarques portent sur la croyance et le paradoxe de Moore : l'étrangeté de « il pleut, mais je ne le crois pas », phrase qui peut être vraie mais qu'on ne peut sensément affirmer.
Le tome II porte sur le rapport entre l'intérieur et l'extérieur. Nous disons souvent que les sentiments d'autrui nous sont cachés. Wittgenstein ne nie pas l'incertitude, mais il la décrit autrement. L'intérieur ne se cache pas derrière le comportement comme un objet derrière un écran. Notre incertitude au sujet des autres tient à nos concepts psychologiques eux-mêmes : nous les appliquons à des configurations qui reviennent dans une vie avec des variations sans fin, et ils reposent sur ce qu'il appelle des indices impondérables, le regard, le ton, le léger changement d'un visage. Feindre, aussi, est une configuration qu'il faut avoir apprise avant de pouvoir la reconnaître.
Comment les lire
Ce sont des carnets de travail : répétitifs, hésitants, parfois éblouissants sur une seule page. Lisez d'abord la deuxième partie des Recherches, puis parcourez le tome I pour voir comment ses remarques sont nées et ce qui a été écarté. Le tome II se lit bien à côté de De la certitude, puisque les deux livres se demandent jusqu'où le doute peut sensément aller. En français, le tome II a paru en 2000 chez TER dans une traduction bilingue de Gérard Granel (voir la notice de la BnF). Les éditions anglaises de University of Chicago Press et Wiley-Blackwell donnent l'allemand en regard, et les manuscrits se trouvent dans la Bergen Nachlass Edition.
Pourquoi ils comptent
Longtemps, ces volumes ont été tenus pour des matériaux de spécialistes, et ils le restent largement. Mais ils montrent la philosophie de l'esprit tardive avec plus de détail que tout ce que Wittgenstein a achevé. Des chercheurs comme Joachim Schulte s'en sont servis pour montrer que l'œuvre tardive n'est pas un béhaviorisme déguisé : l'intérieur n'est pas réduit au comportement, ce sont nos concepts de l'intérieur qui sont tissés dans notre vie avec autrui.
Verdict
Lisez-les si la philosophie de la psychologie des Recherches vous a saisi et que vous voulez la voir grandir, ou si vous travaillez sur la vision des aspects, l'expérience de la signification ou la connaissance d'autrui. La patience y est récompensée par de vrais éclairs. Laissez-les de côté si vous découvrez Wittgenstein : sans les textes achevés pour carte, on s'égare facilement dans ces carnets.
Questions fréquentes
Quel lien avec les Recherches philosophiques ?
Le tome I (1948-1949) est le manuscrit dont Wittgenstein a tiré plus de la moitié des remarques de la deuxième partie des Recherches. Les lire côte à côte montre ce qu'il a gardé et ce qu'il a écarté.
De quoi parle L'intérieur et l'extérieur ?
C'est le sous-titre du tome II (1949-1951). Il porte sur le rapport entre états mentaux et comportement, et sur l'idée que notre incertitude quant aux sentiments d'autrui tient à nos concepts psychologiques, non à un objet intérieur caché.
Existe-t-il une traduction française ?
Oui. Le tome II, L'intérieur et l'extérieur, a paru en 2000 aux éditions TER (Mauvezin), dans une traduction bilingue de Gérard Granel.
Sources
wittgenstein.be, “Derniers écrits sur la philosophie de la psychologie”, https://wittgenstein.be/fr/livres/derniers-ecrits-sur-la-philosophie-de-la-psychologie/ (2026-10-20)