En bref
Les Remarques sur la philosophie de la psychologie (deux volumes, 1980) réunissent les tapuscrits de 1947 et 1948 de Wittgenstein sur les concepts psychologiques : vision des aspects, croyance, intention, intérieur et extérieur. Fiches et l'ancienne deuxième partie des Recherches en sont largement issues. Riche, répétitif, pour approfondir.
Les Remarques sur la philosophie de la psychologie (Bemerkungen über die Philosophie der Psychologie) consignent le travail le plus concentré de Wittgenstein sur les concepts de l'esprit. Dans deux tapuscrits établis en 1947 et 1948 à partir de carnets commencés en 1946, il examine voir et voir-comme, croire, avoir l'intention, imaginer, ressentir et connaître ce que ressent autrui. Les deux volumes ont paru ensemble en 1980, près de trente ans après sa mort.
C'est un texte de travail, non un livre achevé. Mais c'est l'endroit où l'on peut suivre en entier sa dernière pensée de la psychologie, au lieu des extraits que l'on connaissait auparavant.
Comment le livre est né
Après avoir achevé le tapuscrit de la première partie des Recherches philosophiques, Wittgenstein se tourne vers la philosophie de la psychologie. Il remplit des volumes manuscrits en 1946-1948 et fait dactylographier deux fois une sélection : la première, terminée en 1947, est devenue le volume I ; la seconde, de 1948, le volume II. Une partie de ce matériau a ensuite été retravaillée dans ce qu'on appelait la deuxième partie des Recherches philosophiques, et il a découpé de nombreuses remarques du premier tapuscrit pour sa boîte de fiches, publiée sous le titre Fiches.
Le volume I a été édité par Elizabeth Anscombe et G.H. von Wright et traduit en anglais par Anscombe. Le volume II a été édité par von Wright et Heikki Nyman et traduit par C.G. Luckhardt et M.A.E. Aue. Les deux ont paru en 1980 chez Blackwell, et aux États-Unis aux University of Chicago Press, en édition bilingue. Le travail se poursuit dans les Derniers écrits sur la philosophie de la psychologie, de 1948-1951.
Ce que dit le livre
Wittgenstein ne fait pas de psychologie. Il cartographie la grammaire des mots psychologiques : comment nous employons « penser », « croire », « voir », « craindre » et « vouloir dire », et en quoi ils diffèrent. Plusieurs fils traversent les deux volumes.
- La vision des aspects. La discussion la plus longue de son œuvre sur le canard-lapin et les figures semblables. Qu'est-ce qui change quand un dessin « bascule », alors que les traits restent les mêmes ? Est-ce voir ou interpréter ? Et que serait la « cécité à l'aspect » ?
- Première et troisième personne. « J'ai mal » n'est pas un compte rendu fondé sur l'observation, alors que « il a mal » repose sur le comportement. Wittgenstein explore cette asymétrie sans en faire une théorie des objets intérieurs.
- La croyance et le paradoxe de Moore. Pourquoi est-il absurde de dire « il pleut, mais je ne le crois pas », alors que ce pourrait être vrai ? La question le conduit vers la logique des énoncés à la première personne.
- Un tableau des concepts psychologiques. Dans le second volume, il esquisse une classification : sensations, émotions, images, convictions, chacune avec sa propre durée, son expression et sa manière d'être vérifiée.
- L'intérieur et l'extérieur. Notre connaissance des sentiments d'autrui repose sur des « indices impondérables » : regards, intonations, gestes, qui ne se ramènent pas à des règles sans être pour autant de simples conjectures.
Comment le lire
Ces volumes sont difficiles d'une façon particulière. Les remarques isolées sont en général claires ; la difficulté tient à leur nombre, souvent des variations sur le même exemple. Wittgenstein tourne autour d'un problème, essaie une formulation, la rejette, y revient cinquante remarques plus loin.
Une approche pratique : lisez d'abord la section sur les aspects dans Philosophy of Psychology - A Fragment (le nom donné en 2009 à l'ancienne deuxième partie des Recherches), puis les passages correspondants du volume I, pour voir comment la version polie est sortie des brouillons. En français, le texte a été traduit par Gérard Granel aux éditions T.E.R. Pour l'allemand, les éditions bilingues de Blackwell et des University of Chicago Press font référence.
Pourquoi il compte
La publication de 1980 a modifié l'image du dernier Wittgenstein. On a pu voir que la philosophie de la psychologie n'était pas un appendice aux Recherches, mais un grand chantier de ses dernières années, dans le prolongement de ses remarques sur la certitude et sur les couleurs. L'intérêt pour la vision des aspects, l'expérience de la signification et la classification des concepts psychologiques n'a cessé de croître depuis. Comme le montre le travail des éditeurs, une bonne partie de Fiches et du matériau tardif des Recherches a trouvé ici sa première place.
Verdict
Lisez-le si le voir-comme vous fascine, ou si vous voulez observer Wittgenstein au travail plutôt que lire ses conclusions. Ne commencez pas par là : lisez d'abord les Recherches, et prenez ces volumes quand vous voudrez aller plus loin. Attendez-vous à des répétitions, et voyez-y une part de la méthode.
Questions fréquentes
Quel lien avec la deuxième partie des Recherches philosophiques ?
L'ancienne deuxième partie, aujourd'hui intitulée Philosophy of Psychology - A Fragment, a été tirée de ce matériau et de manuscrits ultérieurs. Beaucoup de remarques figurent ici dans une version antérieure et plus longue.
Qui a édité et traduit les deux volumes ?
Volume I : G.E.M. Anscombe et G.H. von Wright, traduction anglaise d'Anscombe. Volume II : G.H. von Wright et Heikki Nyman, traduction de C.G. Luckhardt et M.A.E. Aue. En français, Gérard Granel a traduit l'ensemble.
Est-ce de la psychologie ?
Non. Wittgenstein examine l'usage des mots psychologiques et leurs différences, pas le fonctionnement de l'esprit. Il y voit une affaire de grammaire, non de recherche empirique.
Sources
wittgenstein.be, “Remarques sur la philosophie de la psychologie”, https://wittgenstein.be/fr/livres/remarques-sur-la-philosophie-de-la-psychologie/ (2026-10-20)