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Historien des sciences · États-Unis · 1922-1996

Thomas Kuhn

L'historien des sciences qui a emprunté à Wittgenstein l'air de famille et le canard-lapin pour expliquer comment les savants partagent des paradigmes et comment les révolutions changent ce qu'ils voient.

2 min de lectureMis à jour 2026-10-20

En bref

Thomas Kuhn (1922-1996) s'appuie sur Wittgenstein dans La Structure des révolutions scientifiques (1962) : les scientifiques partagent un paradigme grâce à des airs de famille entre problèmes exemplaires, non grâce à des règles explicites, et une révolution ressemble au basculement du canard-lapin. Il en tire une théorie générale du changement scientifique, dont Wittgenstein se serait peut-être méfié.

Thomas S. Kuhn (1922-1996) est le physicien américain devenu historien des sciences dont le livre La Structure des révolutions scientifiques (1962) a donné au mot « paradigme » son sens moderne. Wittgenstein n'est pas la seule source de ce livre, mais il en est l'un des moteurs discrets. Selon la Stanford Encyclopedia of Philosophy, c'est son collègue de Berkeley Stanley Cavell qui a fait découvrir Wittgenstein à Kuhn.

Ce qu'il a repris de Wittgenstein

La dette la plus nette figure au chapitre sur la priorité des paradigmes. Kuhn se demande comment des scientifiques peuvent partager une tradition de recherche sans s'accorder sur ses règles, ni même pouvoir les énoncer. Sa réponse emprunte l'analyse wittgensteinienne du mot « jeu ». Aucun trait n'est commun à tous les jeux, il n'y a qu'un réseau de ressemblances qui se chevauchent, un air de famille.

Wie gesagt: denk nicht, sondern schau!

Je l'ai dit : ne pensez pas, regardez !

Recherches philosophiques §66

Les scientifiques, selon Kuhn, apprennent leur discipline de la même façon. Ils ne commencent pas par maîtriser une liste de règles ; ils travaillent des problèmes exemplaires (le pendule, le plan incliné) jusqu'à voir les nouveaux problèmes comme semblables aux anciens. Un paradigme est d'abord un tel exemple partagé.

Seconde dette, le canard-lapin. Wittgenstein se servait de ce dessin ambigu pour étudier la vision d'aspects. Kuhn compare une révolution scientifique à un tel basculement gestaltiste : après le changement, les scientifiques voient littéralement leurs données autrement.

Ce qu'il en a fait

Kuhn intègre ces idées dans un modèle du changement scientifique : des périodes de « science normale » au sein d'un paradigme, l'accumulation d'anomalies, la crise, puis la révolution. Des paradigmes rivaux sont selon lui « incommensurables » : il n'existe pas de mesure neutre et commune pour les comparer point par point. Dans la postface de la deuxième édition (1970), il distingue la « matrice disciplinaire » et les exemples concrets, qu'il tient pour l'aspect le plus neuf et le moins compris du livre.

Ce qui les sépare

Kuhn n'était pas un spécialiste de Wittgenstein et l'a utilisé de façon sélective. Wittgenstein voulait que la philosophie décrive au lieu d'expliquer ; Kuhn propose une théorie générale du développement scientifique, le genre de grand tableau dont Wittgenstein se méfiait. Kuhn doutait lui-même que la comparaison gestaltiste soit plus qu'une analogie. Et tandis qu'on accusait Kuhn de relativisme, des lecteurs ont remarqué combien ses cadres non questionnés rappellent De la certitude, paru seulement en 1969. Wittgenstein se serait-il reconnu en Kuhn ? La question reste ouverte.

Questions fréquentes

Kuhn a-t-il tiré l'idée de paradigme de Wittgenstein ?

En partie seulement. Kuhn utilise explicitement l'air de famille de Wittgenstein pour expliquer comment un paradigme peut guider la recherche sans ensemble de règles explicites. Le terme lui-même et le modèle général du changement scientifique sont de Kuhn.

Quel rapport entre le canard-lapin et les changements de paradigme ?

Wittgenstein discute le dessin du canard-lapin pour examiner comment nous pouvons voir la même chose comme deux choses différentes. Kuhn compare une révolution scientifique à ce basculement : les données restent les mêmes, mais les scientifiques se mettent à les voir autrement.

Sources

  1. Stanford Encyclopedia of Philosophy · Thomas Kuhn
  2. Britannica · Thomas S. Kuhn
  3. Britannica · The Structure of Scientific Revolutions
  4. Stanford Encyclopedia of Philosophy · Ludwig Wittgenstein
Citer cette page
wittgenstein.be, “Thomas Kuhn”, https://wittgenstein.be/fr/philosophes/thomas-kuhn/ (2026-10-20)

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