Wittgenstein.be

Héritier · 1911-1960

J. L. Austin

Le philosophe d'Oxford qui a montré que certaines phrases ne décrivent rien mais font quelque chose. Un cousin des jeux de langage de Wittgenstein, élevé dans une tout autre maison.

2 min de lectureMis à jour 2026-10-20

En bref

J. L. Austin a montré que bien des énoncés sont des actes et non des descriptions : dire « je promets », c'est promettre. Cela rejoint l'idée de Wittgenstein que le langage est une famille d'activités. Mais Austin voulait classer soigneusement les actes de langage, presque une science du langage, là où Wittgenstein se méfiait de tout système figé.

J. L. Austin (1911-1960) est titulaire de la chaire White de philosophie morale à Oxford à partir de 1952 et la figure centrale de la philosophie oxfordienne d'après-guerre. Son livre le plus connu, Quand dire, c'est faire (How to Do Things with Words, 1962), est issu des William James Lectures données à Harvard en 1955. Le point de départ est simple. Quand l'officier d'état civil vous pose la question et que vous répondez « oui », vous ne décrivez pas un mariage, vous vous mariez. « Je baptise ce navire », « je vous parie dix euros », « je promets » fonctionnent de la même façon. Austin appelle ces énoncés des performatifs.

Ce qu'Austin partage avec Wittgenstein

On range souvent Austin, Wittgenstein et Gilbert Ryle parmi les philosophes du langage ordinaire, même si l'article sur Austin de la Stanford Encyclopedia prévient que cette étiquette masque de vraies différences. L'air de famille est pourtant net. Tous deux se méfient des théories qui partent de la façon dont le langage doit fonctionner, et regardent plutôt l'usage réel des mots. Tous deux voient dans la parole une action. Au PI §23, Wittgenstein énumère donner des ordres, rapporter un événement, faire une plaisanterie, remercier, jurer, saluer et prier comme autant de jeux de langage. Les actes de langage d'Austin partent de la même intuition. Austin la tenait-il de Wittgenstein ? Rien n'est sûr : il élaborait sa propre méthode dans les années 1930 et 1940, même s'il a discuté les Recherches philosophiques lors de ses séances du samedi matin à Oxford.

Ce qu'Austin a fait autrement

Austin voulait classer. Il distingue l'acte locutoire (dire quelque chose qui a un sens), l'acte illocutoire (ce que l'on fait en le disant : avertir, promettre, ordonner) et l'acte perlocutoire (ce que l'on produit par le fait de le dire : inquiéter, convaincre). Il décrit les cas où un performatif échoue et répartit les forces illocutoires en cinq familles. Il espérait même une future science du langage, bâtie sur ce travail patient.

Wittgenstein aurait été méfiant. Au même PI §23, il souligne que la multiplicité des jeux de langage n'est pas fixée une fois pour toutes : il en naît de nouveaux, d'autres tombent en désuétude. Il ne cherchait pas une carte du langage, mais à dénouer une crampe philosophique précise, alors qu'Austin aimait la cartographie pour elle-même. Austin disait aussi que le langage ordinaire n'a pas le dernier mot, seulement « le premier » : un point de départ pour des découvertes, pas seulement un remède contre la confusion.

La suite

John Searle a fait des idées d'Austin une théorie des actes de langage systématique. Stanley Cavell, qui a suivi l'enseignement d'Austin à Harvard, a fait quelque chose de plus rare : lire Austin et Wittgenstein ensemble, comme deux façons de prendre au sérieux les mots ordinaires. L'Internet Encyclopedia of Philosophy propose une présentation claire de son œuvre.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un énoncé performatif ?

Une phrase qui accomplit une action au lieu de la décrire, comme « je promets », « je m'excuse » ou « je baptise ce navire ». Elle peut échouer si les circonstances ne s'y prêtent pas, mais elle n'est pas vraie ou fausse au sens ordinaire.

Les actes de langage sont-ils la même chose que les jeux de langage ?

Ils se recoupent sans se confondre. Les deux voient la parole comme une action. Austin classe les actes de langage dans un système fixe ; Wittgenstein utilise les jeux de langage comme des comparaisons ouvertes et refuse d'en fixer le nombre ou les espèces.

Sources

  1. Stanford Encyclopedia of Philosophy · John Langshaw Austin
  2. Internet Encyclopedia of Philosophy · J. L. Austin
  3. Stanford Encyclopedia of Philosophy · Speech Acts
Citer cette page
wittgenstein.be, “J. L. Austin”, https://wittgenstein.be/fr/philosophes/j-l-austin/ (2026-10-20)

À lire aussi