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Livre · écrit en 1932-1934 · publié en 1969

Grammaire philosophique

L'édition établie en 1969 par Rush Rhees à partir des révisions du Big Typescript : signification, compréhension et règles dans la première partie, logique et mathématiques dans la seconde.

3 min de lectureMis à jour 2026-10-20

En bref

La Grammaire philosophique est l'édition, établie par Rush Rhees en 1969, des révisions que Wittgenstein apporte au Big Typescript en 1932-1934. La première partie traite de la signification, de la compréhension et de la proposition, la seconde de la logique et des mathématiques. On y voit la philosophie tardive presque formée, mais il s'agit d'une reconstruction d'éditeur, pas d'un livre achevé par Wittgenstein.

De quoi s'agit-il et comment est-il né ?

La Grammaire philosophique est un livre composé par l'exécuteur littéraire de Wittgenstein, non un livre que Wittgenstein aurait terminé. Peu après la dactylographie du Big Typescript, Wittgenstein entreprend de le réécrire : dans les marges, au verso des pages et dans de nouveaux cahiers manuscrits. Rush Rhees réunit ces révisions et les parties restées intactes, et publie le texte allemand en 1969 sous le titre Philosophische Grammatik. La traduction anglaise d'Anthony Kenny suit en 1974. En français, le livre existe chez Gallimard dans la traduction de Marie-Anne Lescourret (aujourd'hui en collection Tel). Selon son éditeur américain actuel, le matériau remonte aux carnets de 1930-1932, révisés à partir de 1933.

Cette histoire compte. Rhees a dû choisir entre plusieurs couches de révision, et le livre ne dit pas toujours quel choix il a fait. Kenny a lui-même consacré plus tard un article important à la manière dont le texte a été assemblé. Depuis la parution intégrale du Big Typescript en 2000, on peut comparer les deux, et beaucoup de spécialistes tiennent désormais la Grammaire philosophique pour un témoin précieux mais retravaillé.

Que dit le livre ?

Le livre compte deux parties. La première, « La proposition et son sens », porte sur la signification et la compréhension. Le geste central consiste à ne plus chercher la signification dans quelque chose qui accompagnerait le mot, une image mentale ou un acte d'intention, mais dans le rôle du mot dans le langage. La comparaison préférée de Wittgenstein est le jeu d'échecs. Ce qui fait d'une pièce le roi, ce n'est ni sa forme ni le bois dont elle est taillée, mais les règles qui régissent ses déplacements. De même, la signification d'un mot est sa place dans un système de règles. C'est un pas décisif vers l'idée que la signification, c'est l'usage.

De là viennent les thèmes les plus connus du livre. Comprendre n'est pas un état intérieur caché derrière le comportement. La grammaire est « autonome » : ses règles n'ont pas de comptes à rendre à la réalité comme les énoncés de fait. Wittgenstein le montre en comparant la grammaire à la cuisine. Les règles culinaires se jugent au résultat, un bon repas ; les règles du langage ne sont pas justifiées de cette façon par un but extérieur au langage. Le même contraste revient plus tard dans les Fiches, §320. De longues sections examinent l'intention, l'attente et son accomplissement : comment un souhait peut-il déjà « contenir » ce qui le comblera ? Réponse : le lien se noue dans le langage, non par un rapport mystérieux entre un esprit et un fait futur.

La seconde partie, « Sur la logique et les mathématiques », critique le traitement de la généralité dans son propre Tractatus et passe en revue le nombre, la démonstration, l'induction et l'infini. On sent un penseur en transition, qui conçoit encore le langage surtout comme un calcul aux règles fixes, image que les Recherches philosophiques assoupliront au profit des jeux de langage.

Comment le lire ?

Ce livre se lit de façon plus suivie que les Remarques philosophiques, et la première partie est accessible à qui a déjà lu un peu des Recherches. Commencez par les premières sections sur la compréhension et la signification, puis par les chapitres sur l'intention et l'attente. La seconde partie s'adresse aux lecteurs formés en logique et en philosophie des mathématiques.

Gardez à l'esprit que l'ordre et la sélection reviennent en partie à Rhees. Si un passage est décisif pour votre propos, vérifiez-le dans le Big Typescript ou dans les manuscrits sur Wittgenstein Source.

Pourquoi ce livre compte

Pendant trente ans, de 1969 à 2000, ce fut la principale porte d'entrée dans la pensée de Wittgenstein du début des années 1930, et une grande partie de la littérature secondaire le cite. Il montre que le cœur de la philosophie tardive était en place des années avant les Recherches : la signification comme place dans la grammaire, la compréhension comme capacité, le refus des mécanismes mentaux cachés. La Stanford Encyclopedia of Philosophy le range parmi les textes clés de la période intermédiaire. Il lui manque le style dialogué et la profusion d'exemples qui rendent les Recherches si vivantes.

Notre avis

Lisez-le si vous voulez un exposé assez continu des idées de Wittgenstein sur la signification, la compréhension et les règles, sans affronter les variantes du Big Typescript. Ne le choisissez pas comme premier Wittgenstein, et ne le traitez pas comme un livre qu'il aurait validé. Comme pont entre la période intermédiaire et l'œuvre tardive, la première partie est excellente.

Questions fréquentes

Wittgenstein a-t-il écrit la Grammaire philosophique comme un livre ?

Pas sous cette forme. Il a écrit et révisé ce matériau entre 1932 et 1934 environ, mais la sélection et l'ordre du livre publié sont l'œuvre de Rush Rhees, qui l'a édité après la mort de Wittgenstein.

Quelle différence avec le Big Typescript ?

Le Big Typescript est le tapuscrit que Wittgenstein dicte en 1932-1933. La Grammaire philosophique repose sur ses révisions ultérieures de ce tapuscrit, complétées par Rhees avec des parties non révisées. Les deux se recoupent largement sans être le même texte.

Qu'entend Wittgenstein par grammaire ?

Pas la grammaire scolaire, mais les règles d'usage des mots : ce qu'il est sensé de dire, quelles inférences sont permises, comment on explique un mot. Selon lui, les problèmes philosophiques naissent souvent d'une méprise sur cette grammaire.

Sources

  1. Stanford Encyclopedia of Philosophy · Ludwig Wittgenstein
  2. University of California Press · Philosophical Grammar
  3. Wittgenstein Source · Bergen Nachlass Edition
Citer cette page
wittgenstein.be, “Grammaire philosophique”, https://wittgenstein.be/fr/livres/grammaire-philosophique/ (2026-10-20)

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