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Livre · écrit en 1933-1935 · publié en 1958

Le Cahier bleu et le Cahier brun

Deux séries de notes dictées en anglais par Wittgenstein à Cambridge en 1933-1935. Claires, pleines d'exemples, la voie la plus douce vers sa seconde philosophie.

4 min de lectureMis à jour 2026-10-20

En bref

Le Cahier bleu et le Cahier brun sont deux séries de notes que Wittgenstein dicte en anglais à Cambridge : le Cahier bleu à ses étudiants en 1933-1934, le Cahier brun à deux étudiants en 1934-1935. Publiés ensemble en 1958, ils offrent l'accès le plus abordable à sa seconde philosophie.

De quoi s'agit-il et comment sont-ils nés ?

Pendant l'année universitaire 1933-1934, Wittgenstein dicte des notes aux étudiants qui suivent ses cours à Cambridge. Elles sont reproduites et reliées sous une couverture bleue, d'où leur nom. L'année suivante, il dicte un second texte, plus construit, à deux étudiants, Francis Skinner et Alice Ambrose ; trois exemplaires en sont dactylographiés et reliés en brun. Les deux textes circulent de main en main bien avant que rien du second Wittgenstein ne soit imprimé.

Ils ont une particularité : Wittgenstein les a dictés en anglais. On lit donc sa propre voix, non une traduction. En 1936, il entreprend une refonte du Cahier brun en allemand, y renonce et la juge sans valeur. Peu après, il commence ce qui deviendra les Recherches philosophiques. Rush Rhees publie les deux textes ensemble en 1958 sous le titre Preliminary Studies for the "Philosophical Investigations", generally known as the Blue and Brown Books. En français, on dispose de la traduction de Marc Goldberg et Jérôme Sackur (Gallimard, collection Tel) et d'une nouvelle traduction de Sabine Plaud (Flammarion, 2024).

Que disent-ils ?

Le Cahier bleu s'ouvre sur une question : qu'est-ce que la signification d'un mot ? Plutôt que d'y répondre de front, Wittgenstein demande comment nous expliquons la signification d'un mot, et suggère que la question elle-même nous pousse à chercher une chose dont le mot tiendrait lieu. L'une des sources de ces tentations est ce qu'il appelle notre soif de généralité : l'envie de trouver quelque chose de commun à tout ce qui porte le même nom, et l'habitude d'imiter la méthode des sciences, qui cherche la loi générale la plus simple.

Instead of "craving for generality" I could also have said "the contemptuous attitude towards the particular case".

Au lieu de « soif de généralité », j'aurais aussi pu dire « l'attitude méprisante envers le cas particulier ».

Blue Book, p. 18

Il y oppose l'idée que ce que nous appelons « jeux » n'a pas besoin d'avoir un point commun, seulement un réseau de ressemblances qui se chevauchent. C'est la première apparition de l'air de famille. Le reste du Cahier bleu traite de la pensée (est-ce un processus « dans la tête » ?), de l'expérience privée, du solipsisme et de l'étrange grammaire du mot « je ». Beaucoup de ces pages annoncent la discussion ultérieure du langage privé.

Le Cahier brun est construit autrement. La première partie est une série numérotée de jeux de langage de plus en plus riches, à commencer par un maçon et son aide qui utilisent quelques mots pour des pierres de construction. Chaque jeu ajoute quelque chose : les nombres, le geste de montrer, les noms, le passé. La seconde partie porte sur la reconnaissance, la lecture, le fait d'être guidé et le sentiment de familiarité. Au lieu d'énoncer des thèses, Wittgenstein vous fait observer le langage dans des situations simples et imaginées, jusqu'à ce que l'énigme philosophique perde sa prise.

Comment les lire ?

Commencez par le Cahier bleu. C'est le livre le plus facile que Wittgenstein nous ait laissé : une prose continue, un ton de professeur, beaucoup d'exemples. Le Cahier brun demande plus de temps. Ses jeux de langage ne fonctionnent que si vous les imaginez vraiment : lisez crayon en main et jouez chaque jeu en pensée avant de passer au suivant. Aucune connaissance du Tractatus n'est requise, même si certaines de ses cibles sont ses propres thèses de jeunesse.

Pourquoi ils comptent

Grâce aux copies qui circulaient, ces deux cahiers ont diffusé les idées nouvelles de Wittgenstein bien avant 1953 et ont marqué la philosophie à Cambridge et à Oxford dans les années 1930 et 1940. Jeux de langage, air de famille, critique de la soif de généralité, traitement de l'expérience privée : tout cela apparaît ici pour la première fois sous une forme qu'un lecteur extérieur pouvait suivre. La Stanford Encyclopedia of Philosophy en fait un texte clé de la période intermédiaire, l'Internet Encyclopedia of Philosophy les qualifie d'études préparatoires à l'œuvre tardive.

Cette étiquette, choisie par l'éditeur, est déjà une interprétation. Certains chercheurs estiment que le Cahier brun mérite d'être lu comme une œuvre à part entière, avec une méthode d'exemples gradués que les Recherches abandonneront. Et certains sujets, comme le solipsisme et l'usage de « je », y sont traités plus longuement que partout ailleurs dans l'œuvre tardive.

Notre avis

Lisez-les si vous voulez aborder le second Wittgenstein. Pour la plupart des lecteurs, le Cahier bleu est un meilleur premier pas que les Recherches philosophiques : plus clair, plus patient. N'y cherchez pas la densité de l'œuvre achevée. Attendez-vous plutôt à un excellent professeur qui pense à voix haute, et c'est souvent exactement ce dont un débutant a besoin.

Questions fréquentes

Pourquoi parle-t-on de Cahier bleu et de Cahier brun ?

Simplement à cause de la couleur des couvertures. Les copies des dictées de 1933-1934 étaient reliées en bleu, les exemplaires dactylographiés de 1934-1935 en brun.

Sont-ils plus faciles que les Recherches philosophiques ?

Oui, pour la plupart des lecteurs. Ils sont rédigés en prose continue avec beaucoup d'exemples, sur le ton d'un cours. Les Recherches sont plus denses et plus dialoguées ; c'est pourquoi beaucoup d'enseignants conseillent de commencer par le Cahier bleu.

Wittgenstein les a-t-il vraiment écrits en anglais ?

Oui. Il a dicté les deux textes en anglais à Cambridge ; le texte publié est donc sa propre formulation. Il a ensuite commencé une refonte allemande du Cahier brun, abandonnée en 1936.

Sources

  1. Stanford Encyclopedia of Philosophy · Ludwig Wittgenstein
  2. Internet Encyclopedia of Philosophy · Ludwig Wittgenstein
  3. Wikipedia · Blue and Brown Books
Citer cette page
wittgenstein.be, “Le Cahier bleu et le Cahier brun”, https://wittgenstein.be/fr/livres/cahier-bleu-et-cahier-brun/ (2026-10-20)

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